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 Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫

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MessageSujet: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Lun 2 Sep - 22:52


« La solitude, malgré les douleurs qu’elle nous inflige, est la seule chose qu’il nous reste à chérir. »


_______________________________________



La notion du temps est une chose bien  abstraite quand on a passé toutes les journées de son existence sans entrevoir le moindre rayon de soleil, quand le sol est marqué à l’endroit où vous vous trouvez depuis maintenant si longtemps. L’ennui et la solitude vous assaillent, vous remémorant ainsi les événements passés : vos joies, vos peines, les regrets comme la satisfaction d’une vie vouée à servir vos Créateurs. La Magie des Dieux avait imprégné les temples de sorte que rien ne soit affecté par les âges. Malgré l’humidité la pièce ne sentait pas le rance, la pierre ne s’érodait pas, tout était figé : Le fil du temps tout comme les sentiments.
 
C’est dans cette caverne qui paraissait sans fond et sans toit que le Fantôme de l’Etang purgeait sa peine, coincé sur une plateforme qui, par je ne sais quelle magie, n’était rattachée à rien si ce n’est le vide. Des contours de cette dernière on pouvait voir chuter l’eau. De manière continue et sans interruption  ce qui avait pour effet de donner l’impression d’une eau figée comme si les gouttes d’eau, dans un but commun, s’était figée et portait à leur sommet l’ensemble rocailleux, comme un trophée, une récompense, ou même un sacrifice.

Figé. Immobile. Depuis bien longtemps maintenant Juleis n’avait pas ouvert les yeux ni même fait un seul mouvement, plongé dans une sorte de transe à mi-chemin entre la rêverie et l’absence. Il ne ressentait plus, il n’entendait plus, il attendait là, patiemment. Cette grotte dans lequel l’avait enfermé sa mère ne lui offrait plus rien, il en avait déjà aspiré tous les aspects : Le pont qui s’étirait de l’entrée dans la direction de son île flottante ne lui octroyait plus rien désormais, si ce n’est le souvenir de la liberté et de la joie autrefois ressentie. Sur ce pont tombait, à des espaces réguliers, trois chutes d’eau, dépassant sur sa largeur l’immense passerelle. C’est de ces chutes d’eau qu’émanait la seule source de lumière dans toute la geôle, le scintillement des gouttes restait un mystère, encore une facétie des Dieux.

Sans pouvoir se l’expliquer, il savait pourquoi elles étaient là, ce n’était pas de simple filet d’eau qui auraient pu faire office de décorations. C’est là l’Epreuve que les humains avaient à passer pour pouvoir le domestiquer, le soumettre à leur volonté. Juleis savait aussi qu’elle testait l’être humain au plus profond de sa personne, ce n’était pas une épreuve physique mais bien un sondage de l’âme, une vérification de la pureté à défaut d’une épuration. Même si, à ce-jour, personne n’avait encore tenté sa chance, ou du moins, pas un dont il se soit aperçu.

Malgré toute cette mise en scène, cette absence de vie, de joie et de sons, Juleis avait trouvé la Paix. Il n’attendait personne, il n’avait besoin de personne. Il avait fini par se complaire dans la solitude et à s’en faire une alliée, car pour lui la punition des Dieux était méritée, sachant que sa mère ne l’aurait pas condamné ainsi si elle n’avait pas estimé qu’il y en avait la nécessité. Même s’il savait qu’il ne s’était rendu coupable de rien, qu’il n’avait désobéi et qu’il ne s’était jamais écarté du droit chemin, il persistait à croire en la bonté d’Aqua, sa mère, c’était en réalité tout ce qui lui restait et qui lui avait permis de ne pas perdre son âme..

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Dernière édition par Juleis le Mar 3 Sep - 14:18, édité 1 fois
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Aerin Cirth
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:01

Pas un jour ne s'était passé sans qu' Aerin ne songe à sa rencontre avec les pirates, quelques temps auparavant. Comme si les dieux eux-mêmes en avaient décidé ainsi, afin de redonner un petit coup de fouet au courage de la jeune femme. Elle avait bien réussi à sortir vivante de cet affrontement saugrenu, non ? Alors, en lisant une nouvelle fois le livre de son père, le passage où il lui narrait sa rencontre avec son Invocation de feu, Aerin se sentit emprise par une nouvelle volonté de retrouver la créature qui lui avait mainte fois raconté la vie des semi-dieux avant la création de l'Homme. Mais à aventurière, aventurière et demi. La jeune bibliothécaire ne se voyait pas encore prête à affronter les contrées extérieures à la ville, pas encore.

« Mais quand alors, avait maugréé une de ses collègues à qui elle raconta sa mésaventure avec la piraterie. Quand vas-tu enfin te décider à t'y rendre. C'est à quoi, une journée de marche d'ici, non ? Et puis, ne m'as-tu pas dit que vous aviez des chevaux chez toi ? Certes, ça ne va pas aussi vite qu'un Variquan, mais tu pourrais y aller et en revenir avec ton amie l' Invocation sans y perdre la moindre de tes journées à la bibliothèque. ».

Il fallait reconnaître que la dame avait raison. Même un habitué de la maison de la culture approuva et encouragea Aerin de prendre son cheval et de partir – enfin – à l'aventure. C'est ainsi que le lendemain, jour de repos pour la jeune femme, elle fut surprise de voir son amie à l'aube, sur le seuil de sa porte, avec un balluchon contenant de quoi se nourrir pour deux jours, s'abriter en cas de mauvais temps et une carte de l'île. Comment aurait-elle pu refuser dans de telles circonstances ?!

Voilà comment, une heure plus tard, Aerin en amazone sur son cheval, trottait en direction du Nord-Ouest. Suivant dans un premier temps les cours d'eau tantôt à lente, tantôt à vive allure, elle s'arrêta dans l'après midi là où le fleuve s'élargissait en une grande étendue semblable à un lac. Puis en fin de soirée, son corps fatigué par une telle chevauchée durant laquelle – grâce aux dieux – aucune mauvaise rencontre ne se produisit, priait pour un repos bien mérité de l'autre côté du petit delta. Bientôt elle reverrait son amie d'enfance, bientôt...

Mais c'était sans compter son sens de l'orientation aussi absent que son goût de l'Histoire était prononcé. Au lendemain matin, ragaillardie par une bonne nuit de sommeil sous les étoiles, Aerin prit le Nord pour le Sud, juste après sa traversée du petit delta menant aux frontières entre le désert Ambré et les landes Luxuriantes. Dès lors, au lieu d'entrer dans les terres de son enfance, Aerin s'enfonça dans les landes regorgeant de créatures qui retardèrent son avancée. En effet, la bibliothécaire tellement heureuse de voir des « monstres » à l'état sauvage, ne pouvait s'empêcher de marcher aux côtés de sa monture et s'arrêter à mainte reprises.

Jusqu'à ce qu'il soit là, au loin. Perceptible à l’œil nu au travers de la fine bruine qui recouvrait l'horizon : ce grand temple fier et scintillant. Le temple... de l'Eau ! Avec stupeur, Aerin comprit que ce n'étaient pas les petits monstres qui s'étaient trompé de contrée mais elle. Trop captivée par l'observation des créatures à l'état sauvage, Aerin n'avait pas pris conscience que le décor dans lequel elle déambulait n'avait rien du sol aride de son enfance. Néanmoins, étant si proche du but – bien que différent de celui qu'elle espérait de prime abord – elle se remit en selle et galopa jusqu'au lac encerclant le temple de l'eau. Plus elle s'en approchait, plus la pluie se faisait forte et glaciale malgré la température douce pour la saison.

C'est donc au jour déclinant, trempée jusqu'à la moelle qu'elle noua les rennes de sa monture à un feuillu suffisamment large pour l'abriter et se lança à la nage, jusqu'à la porte du temple. Après deux journées de chevauchées – certes tranquille et parsemée d'instants de repos – son corps était courbaturé. Jamais elle n'éprouva tant de peine à franchir une telle distance. De son périple, c'était bien cette dernière épreuve la plus rude à ses yeux. Mais quel ne fut son enchantement en pénétrant enfin dans le temple. Si en extérieur, il semblait majestueux, telle un château fort, à l'intérieur se mêlait la nature froide et limpide de l'élément majeur et une architecture plus maîtrisée. De ce grand hall d'entrée partaient différents couloir, dont un qui attira davantage son regard.

Il s'agissait d'un pont menant à une île flottante. Aerin ne vit pas comment mieux décrire ce qu'elle vit – à mille lieux de ce qu'elle avait pu imaginer. Une île suspendue dans les airs d'où s'écoulait une eau limpide qui paraissait pourtant figée dans le temps. Comme si ce dernier n'avait pas d'emprise sur cette « pièce » du temple. Voilà pourquoi, prudemment, la jeune femme avança en direction du pont, ne s'arrêtant qu'une fois à hauteur d'une chute d'eau lui barrant le passage...
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:02

Quelque chose se passait dans la grotte, un son était venu s'ajouter à tous les autres, un groupement de sons, en fait. Un ensemble de sons, de senteurs et de mouvements qui composait quelque chose de beaucoup plus grand, de plus riche. Un Sans-Poil. Comme ça faisait longtemps, il en aurait presque oublié à quoi ça ressemblait, mais leurs parents les Dieux étaient bien trop cruels pour les laisser oublier la cause de leur punition, de leur emprisonnement. Quel aurait pu être l’intérêt d'une telle sanction s'il avait été permis aux Invocations d'oublier le pourquoi de leur propre existence captive ?

Pour la première fois depuis un long moment maintenant, Juleis ouvrit les yeux, exposant de nouveau ses luisants et iridescents iris qui inondaient son visage d'un océan de tristesse et de vide depuis le jour où Aqua l'avait renié. Hormis ses yeux, rien d'autre ne bougea dans le corps du tigre. Il restait de marbre même si sa curiosité était tout de même piquée, après tout, même s'il ne l'aurait avoué à personne, il avait toujours été avide de savoir ce qui serait susceptible d'arriver à un humain qui franchirait les portes de sa caverne. Et ce jour pouvait être aujourd'hui même.

La jeune Sans-Poil était à l'entrée, au début du pont, et l'Invocation ne pouvait encore voir à quoi elle ressemblait, il ne pouvait que ressentir sa présence par le biais des sons et du parfum qu'elle dégageait. Oui, car il savait que c'était une femme, elles ont une senteur qui se dégage de l'excès de testostérone des mâles qui luttent continuellement pour imposer leur virilité. Il entendait ses pas sur le marbre qui composait le dallage du pont. Lorsqu'elle s'arrêta devant la première chute d'eau, les muscles de ses mâchoires semblèrent se débloquer et il se mit à réciter, ces mots qu'ils connaissaient sans pouvoir se rappeler où il les avaient juste entendu :

"Je te souhaite la bienvenue dans mon Oasis, ma mère, Aqua, m'a donné le nom de Juleis. Avant toute chose, sache que les épreuves auxquelles tu t'apprêtes à t'exposer ne sont pas des épreuves physiques, je ne suis en rien comme mes frères belliqueux et imbus d'eux-même. Mais sache aussi que tu t'exposes à d'autres sortes de douleurs. Maintenant que tu es prévenue, il te reste un choix à faire avant de commencer, tu peux encore faire machine arrière, tu n'es encore engagée dans rien. Si tu choisis de traverser cette chute d'eau, en revanche, tu ne pourras plus retourner en arrière. Faîtes votre choix."

Après que les mots eurent fini de s'échapper de la gueule de Juleis, ses mâchoires s'immobilisèrent de nouveau, comme si, en réalité, depuis si longtemps il n'avait fait aucun mouvement car il était entravé. Comme si, on ne lui avait laisser qu'un simulacre de libre-arbitre feint mais qu'en réalité, en plus d'être prisonnier d'un temple, il était aussi prisonnier de son corps. Tout ça s'effaça aussi vite de sa pensée que ça s'y était inscrit. Non, Aqua ne lui aurait pas fait ça, tout cela devait juste être un effet de l'épreuve, le Sans-Poil ne devant être aidé ou influencé d'aucune manière à travers ce qui l'attendait.

Apaisé, il clôt de nouveau ses yeux et commença à se délecter de ce qu'avait amené la jeune humaine de nouveau à son Antre. Il analysait de tous ses sens, il tentait de mémoriser tout cela, c'était le seul plaisir qu'il pouvait désormais se permettre de s'offrir dans ses journées quelques peu mornes et élongées.

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Aerin Cirth
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:03

Le voile aquatique devant son regard était cristallin, suffisamment limpide pour entrevoir de façon déformée la seconde chute d'eau un peu plus loin. Mais les remous de l'eau qui se déversait à ses pieds empêchait de voir plus loin. N'y avait-il pas d'autre façon de passer ce pont de marbre sans se mouiller plus que la jeune femme ne l'était déjà ? Grelottant un peu à cause de sa tenue humide, plaquée sur son corps, Aerin encercla ses épaules pour se frictionner les bras, dans l'espoir de se réchauffer un peu plus.

C'est alors qu'une voix surgit des tréfonds de la grotte. Une voix puissante et énigmatique qui semblait venir des cloisons de roches elles-mêmes. Chaque phrase trouvait un infime écho aux quatre coins de la cavité sans fin, tandis qu' Aerin, toujours les bras croisés sur sa poitrine pour atteindre ses bras frissonnant, détourna le visage à la poursuite de chaque ricochet de paroles contre les murs, dans l'espoir de trouver sa provenance. En vain. Alors la peur la gagna...

Son expérience théorique de l'appropriation des Invocations et la liste de ces créatures déjà répertoriées dans un almanach de la bibliothèque, lui permettait de savoir que l'aspect de celle qui venait de lui parler pouvait être effrayante. N'y avait-il pas déjà des dragons en liberté ? Pourtant, elle ne rebroussa pas chemin. Toujours pétrifiée devant la chute d'eau, la jeune femme continuait de parcourir la grotte du regard, respirant profondément pour atténuer sa frayeur de l'instant présent.

Mais sa plus grande réflexion se porta, non plus sur les dires du dénommé Juleis, mais sur son propre visage, reflété sur la chute d'eau devant elle. Aerin pouvait y lire la frayeur dans son regard et le froid sur ses lèvres légèrement bleutées. Les voyant ainsi empruntes d'une couleur qui n'était pas la leurs, la jeune femme y passa une main devenue tiède grâce aux frictions sur ses bras dénudés. Toutefois, ses doigts tremblaient de peur à l'idée de franchir le pas.

Levant les yeux pour trouver la source de la cascade, Aerin ne rencontra que l'obscurité d'un toit sans fin. Comme si le sommet de la grotte rejoignait la cime du temple, lui-même dépassant les cieux. Plus encore que d'ordinaire, Aerin se sentit toute petite dans ce monde fantastique qu'était Arcane. La main alors redescendue sur son coeur, en sentit les battements. Plus la jeune femme restait figée là, plus ce dernier se calmait, reprenant une allure posée et régulièrement. Aerin parvenait à se détendre... le courage, parti une fraction de seconde plus tôt, semblait reprendre possession de son être tandis qu'elle estimait qu'elle avait déjà fait plus que nécessaire et que rebrousser chemin aurait été de la lâcheté, pure et simple.

Alors sa main qui avait parcouru son épaule pour lui tenir chaud, ses lèvres pour leurs rendre leur couleur d'origine puis son coeur, se hissa en tremblant vers l'eau limpide s'écoulant devant elle. En y glissant le bout des doigts, Aerin découvrit que cette cascade était chaude. Pas brûlante, non. Juste suffisamment chaude pour réconforter son corps. Pourtant, de façon étrange, cette eau semblait s'écarter pour ne pas la mouiller alors que chacune de ses phalanges ressentait la chaleur enivrante de l'eau salvatrice.

Regardant alors sa main, Aerin fut surprise de la voir intacte. Ou du moins, tout aussi moite qu'avant. Comme si l'eau devant elle fut d'un liquide limpide mais incapable d'humidifier quoique ce soit. Une eau magique au même titre que la créature certainement postée à l'autre extrémité du pont. Une magie qui avait rendu son corps dépendant. Entre le froid de ses vêtements humides par la tempête au dehors et la chaleur de la cascade, la jeune femme serra le poing et après une profonde inspiration : elle traversa la cascade en fermant les yeux et retenant sa respiration.

Bien que la chute ne fut pas épaisse, les quelques secondes en son sein furent un mélange de bien être et de pesanteur sur les épaules frêles de la jeune bibliothécaire. Au coeur de la cascade, Aerin pouvait en ressentir toute la force comme si celle-ci s'animait de l'intérieur, pour ne donner qu'une impression de source calme en dehors. Puis les yeux irisés de la jeune femme se rouvrirent, s'écarquillèrent même en se rendant compte que sans véritablement réfléchir, elle avait franchi le seuil de non-retour.

Certes, elle y avait songé durant sa contemplation de son reflet dans l'eau, mais la gravité de la situation se présentait enfin devant ses yeux, avec toute les conséquences que cela impliquait. D'autant plus quand, dans un geste désespéré, Aerin se retourna pour tenter de faire passer sa main une nouvelle fois dans la cascade. Impossible. L'eau en apparence si calme, et si révoltée à l'intérieur, était à présent dur comme de l'acier. La porte liquide était devenu un mur de béton infranchissable, au travers duquel Aerin pouvait toujours voir au loin le point lumineux représentant la porte du temple.

Une nouvelle fois, sa main revint sur sa poitrine, sentant son coeur s'emballer à tout rompre. La jeune femme eut l'impression que si elle n'y mettait pas les deux mains, celui-ci jaillirait de son sein. Alors ses mains se joignirent : l'une contre le rebord dentelé de son bustier, l'autre enlacée par-dessus. Certes, ce n'était pas une posture de prière, mais la jeune femme implorait les dieux. Persuadée qu'ils n'avaient pas été innocents à sa venue en ce lieu, elle continua d'avancer jusqu'à la seconde cascade, les yeux fermés et un murmure au bout des lèvres.


« Déesse Aqua, permets-moi de relever le défi de ton enfant Juleis. Protèges-moi de la souffrance et donnes-moi le courage nécessaire pour avancer. »
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:04

Elle l'avait fait. La Sans-Poil avait osé s'aventurer dans les eaux coulantes qui bavaient sur le pont de l'Antre. Le tigre blanc l'avait ressenti dans tout son être, un léger frisson l'avait parcouru de l'échine jusqu'au bout de ses larges quatre pattes. Même les eaux l'avaient senti, le léger scintillement s'était intensifié quelques peu lorsque la jeune humaine les avaient franchies. Finalement, peut être était-il plus similaire à ses frères qu'il n'avait pu le penser au départ, il sentait émerger au fond de ses entrailles un nouveau sentiment, quelque chose qui s'apparentait à l'embryon d'un désir de liberté. Quoi de plus normal, finalement, pour tout être vivant que de vouloir être libre, ne serait-ce que pour un instant. Pouvoir de nouveau voir ses sens s'épanouir, ressentir de nouvelles choses, vivre en quelque sorte.

Ouvrant les yeux de nouveau et laissant apparaître ses deux saphirs aux mille reflets, il entendit la jeune humaine paniquait un instant, probablement envahie par un soudain désir de faire marche arrière. Les battements de son cœur s'emballèrent. Avec le temps, Juleis en avait oublié à quel point les humains pouvaient être facile à lire quand on savait quelle page ouvrir. Tout en eux émettait ce qu'ils s'évertuaient à cacher, que ce soit leur visage, leurs yeux, leur cœur ou même leur posture. Mais au delà de tout ça, il en avait oublié qu'il lui était aussi arrivé d'admirer avec quel complexité ils étaient aussi construits, dotés de leur propre jugement et d'une impulsivité qui pouvait être surprenante.

La Sans-Poil présente dans la pièce en était bel et bien la preuve, elle avait franchi la chute d'eau dans un instant, et avait voulu s'échapper dans l'instant d'après. La complexité de l'esprit humain était peut être quelque chose qui mériterait que le tigre en explore les tréfonds. Mais pour l'heure, il avait autre chose à faire, qui, à vrai dire rejoignait un petit peu ses objectifs sur le long terme. Mais qui allait paraître beaucoup plus personnel à la jeune humaine. Et alors, à sa plus grande surprise, la jeune humaine, à son tour pris la parole, dans un murmure peu assuré mais qui avait résonné dans les oreilles du Demi-Dieu. Plus profond que ça, en fait, elle avait invoqué sa Mère Aqua, pour l'aider à traverser ces épreuves qui l'attendait.

Le tigre était partagé. Que devait-il en penser ? L'amour aveugle qu'il avait toujours voué à sa mère lui revint en plein visage, jamais il ne cesserait de l'aimer comme il l'avait fait à ce jour. Mais cette petite chose, coincée ici, avait elle le droit d'invoquer ainsi sa mère ? En fait, il arriva bien vite à la conclusion qu'elle en avait le droit, et qu'elle avait raison. Aqua ne l'avait pas abandonné, elle était toujours là, quelque part, bienveillante car elle n'avait voulu pour lui que le meilleur, son épreuve en était l'exemple. Les yeux de Juleis se mirent à luire et une larme s'en échappa.

La Sans-Poil, de son côté, avait repris son chemin, s'avançant vers la deuxième chute d'eau. Les mâchoires du tigre, comme pour le première chute d'eau, eurent l'air de se relâcher à nouveau, lui octroyant ainsi la possibilité de parler.

"Toi, qui invoque, en mon antre, le nom de ma mère Aqua, sache que tout ce qui est ici est son essence. Je me berce à croire qu'elle veille sur toi comme sur moi. Ce rideau d'eau auquel tu dois faire face maintenant n'est pas du même acabit que le précédent. Mais au point où tu en es, tu n'as plus d'autre choix que de tenter ta chance. L'eau qui se déverse à cette endroit est une sonde, elle va explorer jusqu'aux tréfonds de ton âme et juger de ce qu'il y a de bon et de mauvais en toi. Si l'eau ne t'estime pas digne de moi, elle te tuera. Maintenant, si tu ne doutes pas de la pureté de ton être, je t'invite à t'avancer et à te rapprocher encore un peu plus de ce pourquoi tu es venue."

Son ton était exempt de tout sentiment, mais au fond de lui, il ne doutait pas qu'elle puisse passer l'eau. Par cette prière, elle avait réussi à ouvrir un peu une blessure maintenant bien plus vieille que ce Nouveau Monde, mais elle avait aussi réussir à le faire ressentir à nouveau. Puis, il ferma à nouveau les yeux, laissant la jeune femme faire face à son destin.

*Crois en toi petit-être, car moi je commence à croire en toi."
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:05

Encore cette voix. Bien qu' Aerin avait parlé à voix basse, la créature l'avait entendue. Néanmoins, en rouvrant les yeux à sa recherche, la jeune femme ne pouvait toujours pas la voir. Non : ses yeux ne rencontrèrent à nouveau que roches et eaux. Une nouvelle parois liquide se dressant devant elle, comme la précédente. En tout point pareille à la première, sa description était pourtant plus obscure. La mort attendait les âmes impures qui la franchiraient... alors Aerin trembla de tout son être. Même sa respiration fut parcourue de trémolos tandis que tout à coup, les yeux de la jeune femme commençaient à brûler à cause de ces larmes prêtes à jaillir à tout instant.

« Je ne veux pas mourir..., souffla-t-elle dans un soupir d'angoisse. Je ne veux pas mourir. »

Ses mains jusque là posées sur son coeur se joignirent enfin pour la prière, tandis que les jambes de la jeune fille se fléchirent pour s'agenouiller devant la cascade. Invoquant Aqua et les autres dieux, Aerin laissait alors ses fines larmes couler. Ainsi mise, à même le sol, Aerin pouvait sentir la morsure froide du marbre au travers de sa longue robe encore partiellement humide. Ce qui ne faisait qu'accentuer ses tremblements. Toutefois, le mouvement de ses lèvres était du à sa prière muette, comme une dernière onction pour recommander son âme aux dieux, si le sort venait à décider de la rappeler vers eux. Car, au fur et à mesure de ses suppliques, Aerin se rendit bien compte qu'elle n'avait qu'une chance sur trois de survivre. Soit elle franchissait la cascade sans encombre, soit elle mourrait sous la chute d'eau, soit l'agonie d'une mort lente l'emportait si elle décidait de rester entre les deux parois aqueuses.

« Bénissez-moi et pardonnez mes pêchés s'il y en a, conclut-elle en se relevant lentement. Octroyez la paix de mon âme, si votre désir de me la reprendre vous plait... »

Les yeux toujours clos, la tête baissée, Aerin avança. De peur que son reflet ne lui fasse perdre courage, elle n'osa pas regarder la cascade. Puis un frisson la parcouru quand l'eau toucha son front. Ce n'était ni chaud, ni froid. Aerin aurait même eu du mal à dire si cela était humide ou sec. Tout ce qui lui traversa l'esprit tandis que la seconde cascade l'éclaboussait, c'est que c'était puissant. Comme si l'eau, en plus de parcourir ses formes, pouvait transpercer son âme... Une sensation qui allait en augmentant au fur et à mesure que ses pas la guidaient de l'autre côté de l'eau. Mais une fois complètement noyée sous la cataracte, le temps sembla s'immobiliser.

Sans oser ouvrir les yeux en se sachant sous l'eau, Aerin eut l'étrange impression que le liquide avait cessé de tomber pour tourbillonner autour d'elle, de sorte que ça lui donna le vertige. Puis vinrent les images. Aerin revit l' Invocation de son père disparaître sous ses yeux comme le jour où elle perdit son père. Elle se revit prise de panique et accourir jusqu'au chantier de feu Monsieur Cirth où son corps gisait parmi les décombres de l'immeuble effondré. Tout son être, en repensant à ce jour funeste, se mit à trembler sous la chute d'eau. Puis vinrent la vision de sa mère en tenue de deuil et son visage devenant plus sévère. La froideur de leur rapport mère-fille qui se détériorait donnait une impression de givre à l'eau dégoulinant sur sa peau, dans la cascade de la grotte.

Puis vint la vision de tous ces gens qui allaient et venaient dans sa vie. Cette multitude de visages souriant, qui la gratifiaient de compliments doux et sincères. Le vieillard habitué de la bibliothèque qui appelait Aerin « ma douce » juste parce qu'il appréciait la compagnie de celle qui aurait pu être sa petite fille et qu'il considérait comme telle ; ses collègues dont celle qui l'avait incitée à se rendre dans un temple, ... et enfin, la vision la plus chaleureuse : celle de son père lui caressant la joue tout en récitant des mots tendres. Ce simple souvenir donna une sensation de chaleur immense à l'eau tombant dru sur la jeune femme. Ses mains jusque là unies, se séparèrent pour laisser ses doigts frôler, en tremblant la joue où elle pouvait ressentir le souvenir de son père. Puis, glissant lentement sur le bas de son visage, Aerin se surprit à sourire à cette évocation. D'autant plus quand elle constata qu'elle venait de franchir, vivante, la cascade.

Impossible alors de retenir ses sanglots. Aerin était tellement soulagée qu'elle se retrouva à nouveau à genoux et les mains au sol. Ses pleures de soulagement et de nostalgie se mêlant aux flacs d'eau présentes sur le carrelage froid du pont. Elle s'en était sortie vivante.


« Merci à toi Déesse Aqua, merci. » haleta-t-elle.

Mais en s'asseyant sur ses talons, les mains posées sur ses genoux, Aerin fut proche du désespoir. En rouvrant les yeux, elle découvrit une troisième cascade. Assez proche de l'île pour entrevoir celle-ci dans les bouillonnements de l'eau tombant du plafond de la grotte. Essuyant les larmes de son visage d'un revers de main, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de regarder ce nouveau mur d'eau en se demandant ce qui pouvait être pire que ce qu'elle venait de traverser...
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:06

Avoir évoqué la mort avait eu l'air d'ébranler la jeune humaine, coincée pour le meilleur ou pour le pire entre les deux chutes d'eau. Juleis ne fut capable de prévoir ce qu'elle allait faire, encore une fois, la complexité de l'esprit humain restait pour lui un mystère. Après quelques secondes, elle était tombé à genoux, restant dans cette position quelques instants avant de trouver ce qui semblait être un second souffle, une résignation nouvelle. Elle acceptait son destin, quel qu'il fut. Décidément, pour une femelle, elle semblait avoir une force mentale qu'il n'aurait su soupçonner. Puis, enfin, elle avait avancé, s'immergeant peu à peu jusqu'à entrer complètement sous la chute d'eau.

A nouveau, l'eau avait scintillé, beaucoup plus intensément, beaucoup plus fort. Une chaleur nouvelle parcourut le corps du tigre, comme un nouveau souffle qui lui était transmis directement dans les veines. Un souffle de vie. La pièce paraissait réagir dans son ensemble, les murs semblaient moins sombre, les chutes d'eau plus accueillantes. Même les dalles de marbre semblaient plus claires et plus chaudes. Avant même qu'elle parvienne à s'extirper de cette seconde cascade, le tigre sut qu'elle avait réussi, la pièce en frémissait. Son âme n'était pas obscure, elle paraissait même blessée, comme la sienne. Comme il l'avait prédit, elle sortit enfin de l'eau vivante. Il entendit le son de ses genoux qui se posaient sur le marbre, le son de ses larmes qui, une à une, s'éclataient sur le sol. L'Enfant avait l'air secouée par le voyage, comment pourrait-il en être autrement après avoir exposer son âme à nu et sans limites de cette façon.

Comme un rituel, maintenant, les deux saphirs apparurent à nouveau, mais cette fois-ci et pour la première fois depuis longtemps, les muscles de son corps se mirent en marche aussi. Le tigre s'assit, imposant ses deux mètres de longueur sur leur hauteur. Il n'avait pas ressenti le besoin de bouger et de s'asseoir depuis si longtemps, mais aujourd'hui tout paraissait différent : il allait sortir, il le sentait jusqu'au bout de ses griffes. Il ne restait qu'une seule à passer à la petite Sans-Poil. Entre temps, il avait de nouveau entendu l'évocation du nom de sa mère, il en sourit intérieurement et remercia sa mère à son tour. Il se surprit lui-même à souhaiter sortir avec cette ardeur nouvelle.

"Je te félicite petite humaine, tu as fait preuve d'un courage et d'une force d'esprit dont je n'aurai jamais cru une femme capable. Tu es bientôt au bout de tes peines, je sais que ce que tu viens de traverser a pu être éprouvant pour toi mais n'abandonne pas. Tiens bon, je t'en crois capable sans même te voir."

Ces mots ne faisaient plus partis d'un quelconque récital, il exprimait sa propre pensée, contrairement aux deux fois précédentes où il avait parlé.

"Pour la prochaine chute que tu dois traverser, il te faudra répondre à une simple question, soit honnête, parle avec ton cœur. Le cas contraire, la source le saurait et tu ne pourrais pas passer, quelle que soit ta réponse, la véritable clé réside dans ton honnêteté et ta capacité à m'ouvrir ton cœur. Ne crains pas mon jugement, ne crains rien d'autre que la chute qui est en face de toi. Un dernier conseil, ne touche pas l'eau qui coule avant d'avoir répondu, tu risquerais d'y perdre plus que d'y gagner. Ma question est la suivante : Quelles sont les intentions et les motivations qui t'ont poussé à venir jusqu'au temple de l'eau ?"

La question pouvait paraître assez bateau et simpliste mais si la Sans-Poil avait saisi le but de cette Epreuve, elle saurait qu'il était encore une fois question d'aller chercher au fond de soi, au plus profond et de faire ressortir ce qui est enfoui, la nature même de l'Homme que nous sommes. Encore une fois, le tigre blanc referma les yeux et attendit sa réponse, réellement intéressé par ce qu'elle aurait à dire.
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:07

Le regard comme absent, posé sur la cascade, Aerin ne perçut pas les modifications dans la grotte. Seule le poids des souvenirs écrasait ses épaules et envahissait sa tête des blessures d'Antan. Pour la jeune femme, ce passage sous l'eau parut durer des heures, des siècles à sonder le moindre souvenir, la moindre faille dans son être ; ne laissant sur le carrelage froid du pont, qu'une jeune femme abattue. Quand soudain, un mouvement, infime, lointain tout en paraissant à porter de main. Une masse déformée par l'immense jet d'eau entre elle et l'île semblait prendre vie... en fronçant les sourcils, Aerin crut percevoir une statue immaculée, plantée au centre de l'île. Était-ce humanoïde ? Aerin dut plisser encore davantage les yeux pour en conclure que non. Sans compter que s'il s'agissait de l' Invocation, les chances étaient minimes. En règle générale, ces créatures ne se transformaient en être humain qu'en cas d'extrême nécessité. Or dans ce Temple, rien ne les y obligeait...

Puis, en se concentrant toujours plus, la jeune femme aux yeux rougis par les larmes versées plus tôt, comprit que la voix énigmatique provenait de ce point blanc sur l'île. D'ailleurs, celle-ci se fit à nouveau entendre. Pour la première fois depuis l'arrivée de la jeune femme dans son domaine, la voix paraissait plus chaleureuse. Bien que toujours aussi profonde et mystérieuse, la créature semblait partager la peine d' Aerin. Se pourrait-il qu'elle ait assister à ces moments de secrets intimes qu'elle enfermait en elle ? La bibliothécaire l'ignorait. Bien qu'ayant lu un nombre incalculable d'ouvrages sur les Invocations, leurs pouvoirs et leurs défis dans les Temples, jamais elle n'eut connaissance d'une sonde de l'âme. Quand bien même, son esprit était encore trop imprégné des souvenirs funestes de son passé pour se rappeler chaque livre ou chaque encyclopédie.

Aerin se contenta de sourire – de ces sourires indulgents et reconnaissants qui naissent au coeur même de la tristesse. Bien qu'il lui était difficile de voir les contours de la forme blanchâtre de l'autre côté de l'eau, elle fixait ce point dans l'espoir que sa gratitude face à ces mots soit perceptible. Elle ne devait pas l'être vu qu'à peine eut-elle songé que la créature puisse la voir, que celle-ci disait l'inverse. Mais qu'importe : les yeux toujours posés sur la tâche immaculée, Aerin trouva le courage de se relever. Lentement, doucement, s'aidant de son premier genoux dressé comme appui pour soulever l'autre jambe afin de se tenir debout. Toute la douleur des souvenirs sembla alors quitter ses épaules, bien qu'une lourdeur la tiraillait dans le dos, aux chevilles, comme un boulet aux pieds d'un bagnard. Même sa nuque ressentit une douleur lancinante, comme si une épée avait transpercé son corps, juste à cet endroit pour atteindre son coeur du bout de sa lame. Alors Aerin y passa ses doigts frais, presque froids.

Décollant au passage sa chevelure aussi humide que ses atours, elle y trouva une fleur de nénuphar à peine éclose. Peut-être s'était-elle empêtrée dans sa chevelure défaite lors de sa nage... quoiqu'il en soit, la simple vue de cette création divine lui permit de garder l'emprunte de son timide sourire sur les lèvres. Mais peut-être fut-elle également la source de ses nouvelles larmes quand Aerin entendit les conditions inhérentes à la dernière épreuve. En silence, la jeune femme avait écouté la « sentence » : il lui fallait répondre à une question. Non pas comme celles de légendes, impliquant des tournures d'esprit logique ou des savoirs théoriques, non. Aerin devait répondre honnêtement à la question. Une réponse personnelle. Un mensonge lui amènerait la mort, une réponse infâme également. Or la sienne devait l'être. Si Aerin ne pouvait pas mentir, sa réponse serait sûrement intolérable...


« Je.., un sanglot interrompit sa phrase, ... je me suis perdue. »

Sur ces mots, la jeune femme referma les yeux pour retenir le nouveau torrent de larmes qui submergeait son être. Ne laissant que quelques gouttes salines tomber sur la fleur de nénuphar. Même ses doigts perdirent la force de tenir le délicat végétal qui virevolta lentement, emmenée par une légère brise par-dessus le pont pour poursuivre sa lente progression vers le néant de la grotte. S'éloignant de la jeune femme aussi lentement que celle-ci donnait sa réponse, les lèvres tremblantes d'émotion et le regard à nouveau posé en direction de la supposée statue.

« Je cherchais à retrouver l' Invocation de mon père et,... et je me suis perdue. »

Tout en parlant, Aerin eut l'impression que la grotte fut plongée dans un silence encore plus pesant qu'à son arrivée. Alors quand une larme roula sur sa joue pour s'écraser à ses pieds, celle-ci résonna dans sa tête comme un coup de bélier sur l'épaisse porte d'un château-fort.

« J'ai été distraite, ... Au lieu d'aller dans le désert Ambré, ... j'ai suivi de petites créatures dans les Landes, s'interrompit-elle en reniflant. Puis j'ai vu le Temple au loin. Ce n'était pas celui du Feu, mais quelque-chose me disait que je devais y aller quand même. Ne fusse que pour voir. »

Un nouveau sanglot, plus sonore, étrangla sa voix tandis que de nouvelles larmes roulèrent jusqu'au sol dans un fracas monstrueux pour les tempes de la jeune femme. Pendant ce temps, le nénuphar continuait son ballet dans les abîmes de la grotte, tel une étoile tombant dans le firmament.

« Et j'ai aimé ce que j'ai vu, dit-elle avec des vibratos dans sa respiration orale. Même si je dois mourir aujourd'hui, ... parce que ma réponse ne sera pas la bonne, ... j'ai été heureuse d'avoir, ... d'avoir enfin osé quitter la ville, ... d'avoir osé venir jusqu'ici toute seule et, ... et d'avoir ressentit tout ça. »

Sur ces mots finaux, le nénuphar toucha le sol lointain de la grotte, faisant éclater la rosée de larmes dont Aerin l'avait recouvert plus tôt. Aerin qui, croisant à nouveau ses doigts contre sa poitrine, avança en tremblant plus qu'elle ne l'avait fait jusque là, en direction de la cascade. Fermant les yeux au dernier moment pour ne pas voir la mort en face...
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:08

En posant cette simple question, Juleis n'avait eu aucune attente particulière dans la réponse, il n'était, de toute façon pas le juge. Tout le pouvoir de décision résidait dans l'eau, il n'était que la récompense que sa mère Aqua, par le biais de l'eau, offrait à quiconque le méritait et s'en montrait digne. Mais même en tant que simple spectateur et auditoire, il ne put refréner le sourire qui s'étira sur ses lèvres lorsque la petite Sans-Poil se mit à parler. L'histoire était d'une telle simplicité, d'une telle pureté qu'elle aurait pu rendre quiconque hilare. Se retrouver à deux doigts d'être lié à un être quasi-divin juste car on ne sait pas lire une carte, ça peut paraître assez ironique. Mais même intérieurement, il ne put s'en moquer, il trouva ça si enfantin et si simple qu'il en fut charmé, à un degré assez léger, certes, mais charmé tout de même.

A la fin de l'Epreuve, la pauvre humaine aurait probablement épuisé son stock de larmes pour une bonne semaine, voire plus. C'est tremblante et larmoyante qu'elle pénétra dans la troisième et ultime chute d'eau. De par la nature de ce qu'elle lui avait répondu, il était simple de deviner qu'elle avait parlé avec son cœur, sans tenter de dissimuler la vérité ou d'en faire un acte héroïque. A peine s'était-elle émergée entièrement qu'une réelle lumière envahit la pièce, égale voire plus intense que la lumière du soleil naturelle. Elle réchauffait les corps et les âmes. Puis, sans qu'elle ait à s'en extirper, le rideau d'eau se fendit en deux au dessus d'elle. Il la vit enfin, la Sans-Poil qui allait faire de lui son Invocation.

Elle était de petite taille, un peu ronde et la peau teintée par les rayons du soleil ardent d'un désert mais ce n'était pas du à une exposition aux rayons en question depuis toute petite, il aurait plutôt misé sur des origines de par ses liens parentaux. Ses yeux étaient en accord parfait avec la couleur de sa peau, teintés de reflets ambrés, il rendait le tout très harmonieux. Malgré le fait qu'elle était passé dans trois chutes d'eau avant d'arrivé jusque là, elle semblait totalement sèche et réchauffée alors qu'il aurait imaginé qu'elle serait parvenue à lui les lèvres bleutées et le corps au bord de l'hypothermie.

Ils étaient bientôt proche de la fin. Ne les séparait maintenant plus qu'un gouffre qui devait, à vue de nez, faire trois bons mètres, et sans fond bien entendu. Mais ce n'était même plus une épreuve. Enfin si, c'était tout de même un choix. En même temps que les épreuves de la Sans-Poil s'étaient achevées, Juleis avait retrouvé une envie de se mouvoir, de courir et d'activer ses muscles de nouveau. Il se releva alors entièrement, remua la queue et plongea ses iris glacés dans ceux ambrés et chaud de la jeune humaine. Quelle contraste cela devait faire vu de l'extérieur, un être blanc comme la neige face à cette être qui semblait tout droit né des sables chauds. Puis Juleis prit à nouveau la parole, peut être une dernière fois avant de retourner à jamais dans le silence.

"Petite humaine, tu as vaillamment réussi l'épreuve que les Dieux m'avaient imposé. J'ai maintenant une proposition à te faire, malgré les possibles souffrances psychologiques auxquelles tu as été confronté pour en arriver là, je te propose de me faire confiance. Par me faire confiance, je veux dire, ne pas craindre le vide qui nous sépare et d'avancer après t'être présentée à moi, si je te dis que tu ne risques rien, crois moi. Si, et encore une fois ce n'est que la pure vérité, tu n'arrivais pas à avancer, les chutes sont maintenant enclines à te laisser faire demi-tour, tu repartiras d'ici comme tu es arrivée et nous retournerons tous deux à la case départ. Moi à mon exil et toi à ta vie. Le choix est entièrement tien."

Cette fois-ci, Juleis ne referma pas les yeux, il était prêt à affronter le futur, son futur. Qu'elle parte ou qu'elle reste, il ne pourrait pas lui en vouloir, quelle sentiment stupide que la rancoeur pour un Demi-Dieu. Se contraindre à haïr quelqu'un pour des millénaires n'était vraiment pas sain pour des entités immortelles, ça pouvait vous transformer en une autre personne. Mais le tigre était confiant, il restait persuadé qu'aujourd'hui était le jour où, finalement, il pourrait être de nouveau libre.

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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:08

En entrant dans cette dernière cascade, Aerin crut suffoquer. Comme si les quatre éléments s'étaient réunis dans cette dernière épreuve pour confronter la jeune femme à la souffrance physique. Alors, instinctivement, Aerin croisa ses mains sur sa gorge, avec l'impression que l'air n'y parvenait plus. Tout son corps se raidit sous le poids de la chute qui semblait aussi lourde que la pierre. Et pourtant, sur les parties dénudées de son corps, la fluidité de l'eau brûlante comme une flamme ne faisait aucun doute. Quant à l'air, tourbillonnant autour de ses rondeurs pour n'en donner que plus de vertiges à cette traversée, il semblait trop rapide pour parvenir à s'engouffrer entre les lèvres de la jeune femme.

C'est pourquoi, une fois de l'autre côté, Aerin reprit sa respiration à grande peine. Inclinée en avant, les mains toujours jointes sur son cou et les yeux fermés, elle savourait les goulées d'airs, saccadées par sa respiration haletante, qui pénétraient son corps. Serrant alors un poing dans l'autre, toujours en appui contre le haut de sa poitrine, Aerin se redressa. Lentement, ses yeux s'ouvrirent sur une nouvelle vision de la grotte. Pour la première fois depuis sa seconde traversée, elle réalisait les changements opérés et la radiance des parois rocheuses. Son visage ne put s'empêcher de se lever vers le plafond des lieux pour desceller le sommet de la caverne. Mais celle-ci se perdait toujours dans l'obscurité, mais de façon moins oppressante. Puis son regard le vit. Lui. La créature statuaire qu'elle avait devinée devant la cascade qui n'était plus...

Jamais elle n'eut vu de tigre plus majestueux. De son île surplombant légèrement le pont, il la regardait avec des yeux aussi profonds que l'océan baigné par le soleil d'été. Dans ceux-ci, Aerin se perdit un long moment, ressentant toute la tristesse et la solitude qui émanaient d'eux. Tels deux saphirs dans un fourreaux de soie blanche marbrée de noir, ils la contemplaient. Comme elle certainement, il observait minutieusement la créature en face, bien qu'il devait éprouvé moins de surprise et de fascination que la jeune bibliothécaire qui ne réalisa pas que ses lèvres s'entrouvrirent d'émerveillement. Le noble animal irradiait d'une prestance onirique, telle qu'on peut l'imaginer d'une créature légendaire. Les parois rocheuses, qui scintillaient derrière lui, lui conféraient un halo chaleureux et quand enfin sa voix se fit entendre à nouveau, Aerin avait recouvert tous ses esprits. Même la moiteur de ses habits avaient laissé place au confort du coton orangé dont ils étaient le fruit. Seules quelques mèches de ses cheveux trahissaient encore son passage dans le lac et sous les cascades...

En l'écoutant parler, toutefois, Aerin se rendit compte du fossé entre l'île et le pont. Certes il lui parut évident que le rocher en suspension soit surélevée, mais jamais elle ne prit garde aux presque trois mètres qui la séparaient de l' Invocation. Quant à l'idée de partir, elle ne lui traversa l'esprit que le temps de regarder derrière elle. Les cascades étaient toujours là, mais divisées en deux colonnes espacées permettant à quiconque de sortir, voire même d'entrer. Mais bien qu'elle resta quelques dizaines de secondes avec le buste pivoté vers le pont qu'elle venait de franchir, le regard de la jeune femme fut rappeler par celui du tigre. Elle voulait y lire la confiance que l'animal prônait. Si elle devait le croire, Aerin voulait lire l'honnêteté dans son regard. Alors elle resta figée là, un long moment tout en fixant les prunelles du félin.


Puis elle fit un pas en avant. Puis un second qui la mena au bord du gouffre. Un pas de plus et elle pouvait tomber. Si le tigre mentait, elle pouvait mourir. S'il disait vrai... Aerin s'interrogea : qu'adviendra-t-il s'il dit vrai ? Comment pourrait-elle franchir le vide sans s'évanouir dans l'abîme obscur qui s'étendait sous ses pieds ? Alors elle quitta Juleis des yeux pour contempler les abysses du néant. Le doute lui fit détourner la tête un bref instant, le regard perdu dans le vide à défaut de pouvoir revoir le passage entre les cascades sans détourner à nouveau le buste. Et si partir était plus sûre ? Cette idée la fit grimacer, fermant les yeux en fronçant les sourcils, elle ne pouvait concevoir de partir seule après avoir tant souffert pour en arriver là. Alors ses yeux se reposèrent dans l'obscurité des profondeurs.

Dix secondes, dix minutes ? Aerin ignora combien de temps elle resta là, au bord du précipice. Les mains jointes sur son coeur, elle pria à nouveau, les yeux fermés. Mais lentement, quand son coeur cessa de battre à tout rompre, quand son âme s'apaisa à l'idée de franchir l'ultime épreuve, elle releva la tête. Doucement, elle rechercha l'animal du regard en espérant trouver le réconfort dans ses prunelles d'azur. Puis d'un ton solennel, les pupilles plantées dans celle du tigre, elle se présenta comme il lui fut demandé.


« Moi, Aerin Cirth, fille de simple charpentier, j'accepte de te faire confiance, Juleis, fils de la déesse Aqua. »

Sur ces mots, elle ferma les yeux et fit le pas qui la séparait du néant. Un bref instant, elle sentit l'apesanteur s'emparer de son corps quand tout à coup, un rugissement se fit entendre. Non pas celui du tigre, mais celle des cascades qui tourbillonnèrent et quittèrent leurs emplacements pour venir sauver la jeune femme qui tombait, tête la première, dans le vide. Sous la forme d'un tigre d'eau, les six colonnes formant les trois cascades s'élancèrent auprès d' Aerin, s'enroulant comme pour s'endormir et offrir un lit aqueux à la jeune femme, stoppant ainsi sa chute interminable. Là seulement, l'eau défia la gravité pour exploser comme un geyser en direction de l'île.

L'action fut si rapide qu' Aerin ne comprit ce qu'il venait de se passer que lorsque l'eau écumante, formant une fontaine, la déposa, étourdie, devant le tigre blanc. Allongée sur le sol, le bord de sa robe orangée et les bretelles trempées de son chemisier écru, la jeune femme précipita sa main sur son coeur pour calmer son rythme effréné, dû à cette chute. L'autre main, quant à elle, supportait son buste légèrement incliné. Haletant quelques fois avant de relever la tête vers celle du tigre, elle trouva ce dernier encore plus imposant vu de près, mais surtout d'un angle si bas. Mais en se retrouvant si proche de lui, toutes ses inquiétudes s'enfuirent. Elle avait réussi. Elle, simple petite bibliothécaire sans envergure, méprisée par sa mère et orpheline de père : elle avait réussi. Alors elle sourit à Juleis tandis que des larmes de joie sillonnèrent ses joues.


« Merci.., haleta-t-elle encore. Merci d'avoir cru en moi. »
*Merci déesse Aqua, merci pour votre protection...*
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:10

Aerin.. Un nom qui retentissait à ses oreilles comme un éclat. Elle n'avait pas fui, elle avait considéré l'option bien entendu mais elle l'avait bien vite balayé, se concentrant de nouveau sur lui. Plongeant à nouveau son regard dans le sien, iris à iris.Elle fit un pas, puis un autre avant de parler à nouveau, emplie d'une détermination nouvelle. Comme avant chaque cascade dans laquelle elle avait du s'immiscer, lui disant qu'elle lui faisait confiance. Puis elle rompit le lien visuel qui les unissait et mit un pied dans le vide. Elle chuta, dans un premier temps, puis Juleis, avec le peu de pouvoir qui lui restait mêlé à la magie qui parsemait l'ensemble de la grotte, matérialisa un tigre d'eau. L'eau jaillit du fond des abîmes et rattrapa la jeune humaine avant de la déposer sur la plateforme.

Elle avait le cœur qui battait la chamade, avoir l'impression de frôler la mort devait vous faire un peu d'effet tout de même. Elle leva de nouveau ses prunelles vers lui et le contact fut rétabli, les yeux du tigre semblait refléter quelque chose de nouveau, une nouvelle chaleur peut être. Mais il restait là, stoïque, sur sa plateforme, dominant l'humaine et analysant ses réactions. Elle avait beau être essoufflée, peinant à calmer son cœur, elle était affublée d'un sourire dont elle ne semblait vouloir se défaire tandis que dans le même temps, un torrent de larmes s'écoulaient encore de ses yeux. Décidément, les Sans-Poils semblaient en avoir une réserve illimitée. Il ne tenta pas de lui sourire directement car, par expérience, il savait à quel point un tigre qui souriait, ou du moins le tenter, pouvait avoir l'air ridicule. Mais il était reconnaissant envers elle.

"Tu n'as pas à me remercier, je n'ai cru en toi que parce que ma mère t'as laissé arriver là où tu es maintenant. Je ne suis que son enfant et je respecte ces souhaits. Je comprends à quel point cela a pu être difficile mais je ne puis me défaire de ce contentement que provoque en moi le fait de voir un humain et de savoir que je vais sortir d'ici. Je ne m'étais pas rendu compte, depuis tout ce temps que j'ai passé dans cette antre, à quel point l'extérieur pouvait me manquer, voir les rivières doucement couler dans leur lit, le ciel bleu et les nuages qui le peignent, entendre la vie, ressentir l'herbe sous mes pattes. Toutes ces choses, je vais enfin pouvoir les vivre à nouveau. Et tout cela, ce n'est que grâce à toi, petite Aerin. Et pour ça, je te remercie."

Prenant appui sur ses deux pattes arrières et dosant la force nécessaire, il sauta pour atterrir juste à côté de l'humaine, elle était allongée et paraissait encore plus petite de près. Et alors, dans un mouvement qu'il essaya d'effectuer le plus doucement possible, il approcha sa tête de l'Humaine et baissa les yeux en signe de soumission. Elle l'avait gagné, elle avait établi le lien qui, dès à présent, le liait à elle jusqu'à sa mort. Il n'aurait de libre-arbitre, désormais, que si elle le voulait, il ne pourrait se soustraire à sa volonté et à ses exigences. Mais pour l'instant, il ne s'en préoccupait pas, il n'avait en tête qu'un désir ardent de fouler de nouveau une terre fertile et luxuriante. Comme dans l'ancien temps.

"Merci, Aerin Cirth, fille de charpentier, d'être venu jusqu'à moi et de m'offrir un semblant de liberté. Pour honorer cette dette, je suis tiens jusqu'à ta mort et je te protégerais de toutes mes forces et de toute mon âme. C'est un minimum que je me dois t'offrir après avoir exposé la tienne à tant de tourments."
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MessageSujet: Re: Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫   Mar 3 Sep - 14:10

Tout en reniflant une énième fois, de froid et d'émotion, tandis que ses larmes se tarissaient enfin, Aerin continuait de contempler l'animal. Lentement, en le voyant si près, elle commençait à véritablement réaliser ce qu'elle venait de faire. Aerin, la petite bibliothécaire timide de Lüh avait franchi des épreuves psychologiques qui la menèrent à l'obtention d'une Invocation. Son Invocation. Ce tigre était devenu sien et il l'en remerciait. Ou du moins Juleis la remercia-t-il de lui octroyer un semblant de liberté. Alors la jeune femme continua de sourire. Son visage se radoucit davantage tandis que ses yeux clignèrent à rythme lent et régulier pour effacer les dernières traces de larmes encore coincées entre ses cils. Elle était heureuse d'avoir libéré le félin. Quitte à le refaire, elle le referait... mais honnêtement, elle s'amusa à penser que plus tard cela fut, mieux cela serait.

« Je suis heureuse d'avoir pu faire ça pour.. toi. Et je remercie les dieux de m'avoir guidée jusqu'ici. »

Aerin se sentait grandie et cela se ressentait dans sa voix posée mais sans la moindre hésitation. Si ce n'est la pause marqué pour réfléchir au pronom à employer. Mais l'idée de vouvoyer Juleis lui parut inapproprié aux vues de ce qu'ils venaient de vivre. À ses yeux, le tigre avait vraisemblablement ressenti et vu ses souvenirs émouvants, donc pourquoi lui parler comme à un étranger ? D'autant que la voix de la créature elle-même s'empruntait de chaleur et de familiarité, mêlés à la solennité qui incombait à la situation. Mais Aerin fut troublée par l'inclination de Juleis en face d'elle. Toujours à moitié allongée sur le sol, elle vit la tête de l'animal arrivé à hauteur de la sienne, les yeux baissés. Ne rendant son impression onirique que plus grandissante. Bien que son corps ressentait encore la frayeur et la douleur ressentie pendant les différentes épreuves, l'esprit d' Aerin était encore loin de réaliser complètement ce qu'elle venait de faire. C'était comme dans un rêve.. Dès lors, elle osa approcher sa main du félin.

Néanmoins, ses doigts furent hésitant. Même son coude eut du mal à se déployer. Il était comme rouillé par toute l'eau qu'il venait de rencontrer en si peu de temps. Alors le bras de la jeune femme s'approcha du front du félin avec une extrême lenteur, laissant entrevoir ses doigts tremblants. De façon infime, quand le poils soyeux de l'animal se rapprocha, les phalanges d' Aerin eurent le réflexe de se recroqueviller avant d'enfin toucher Juleis. Sa main encore un peu tremblante caressait le front de l'animal avec toute la délicatesse requise pour toucher une statue de sable, afin de ne pas la voir s'envoler en poussière. Un court instant, la respiration d' Aerin se bloqua, son coeur s'approcha de l'inertie et une vague de chaleur l'envahit. Car dans un rêve, jamais elle n'aurait ressenti la douceur du poil de l'animal. Dans un rêve, peut-être même se serait-elle réveillée avant ce pur instant de grâce. Mais le pelage de Juleis glissait bel et bien sous le bout de ses doigts...


D'abord frôlant le sommet de ses tempes, puis le contour d'une oreille. Aerin eut un sourire attendri quand celle-ci remua inconsciemment sous le contact de sa main. Puis lentement, ses doigts parcoururent une des joues de l'animal où la densité du pelage était plus palpable. Un instant, Aerin s'y arrêta pour en savourer le contact avant de descendre sa main sous la gueule de Juleis toujours incliné devant elle. Malgré la lourdeur de sa tête, Aerin pressa la mâchoire du tigre pour qu'il se redresse, afin qu'il la regarde à nouveau dans les yeux. Ainsi face à face, la jeune femme lui sourit tendrement et marqua la négation d'un mouvement léger de la tête.

« Ne t'incline pas devant moi, je ne le mérite pas. Même si le tigre avait décidé de protester, Aerin persista dans ses dires sur ce ton calme et posé qu'elle employait régulièrement à la bibliothèque : je n'ai rien fait de plus que ce que les dieux ont décidés pour moi. Il était écrit que je devais te sauver, mais pas que je te domine. Je ne veux pas être ton maître. Je ne veux pas que tu me vois ainsi. Considère moi plutôt comme.., la jeune femme leva les yeux un instant pour trouver ses mots, .. comme une amie ? Dit-elle comme s'il eut s'agit d'une question pour savoir ce qu'en pensait le tigre. Car on ne peut parler d'égalité entre une humaine et un demi-dieu, n'est-ce pas ? Mais ne restons pas ici : il commence à faire froid et tu dois avoir hâte de retrouver le monde extérieur. »

Sur ces bonnes paroles, Aerin posa ses deux mains au sol pour s'aider à se relever et fut surprise de voir que derrière elle, le pont avait rejoint l'île – à moins que ce ne fut l'inverse – et qu'il leurs était donc possible de regagner la porte du Temple à leur guise. Néanmoins, le corps toujours un peu perturbé par autant d'émotions, elle ne put s'empêcher de poser sa main sur le garrot de l'animal marchant à ses côtés pour ne pas tomber d'épuisement au sol. Par moment, Juleis devait même ressentir les doigts fragiles de la jeune femme se resserrer sur son pelage, attestant que les jambes de l'humaine peinaient à porter son poids. Mais Aerin parvint à marcher jusqu'à la grande porte de glace ouverte sur un climat plus serein qu'à son arrivée. Loin d'en avoir fini avec la pluie, celle-ci était devenue bruine et quelques rayons de soleil étaient parvenus à se frayer un chemin entre les nuages grisâtres pour inonder la terre fertile des landes environnantes de leurs éclats.

Les quelques arbres parsemés de-ci, de-là, fumaient de cette transpiration qui est propre aux végétaux tandis que sous l'un d'entre eux, au bord du lac, le cheval d' Aerin paissait tranquillement en attendant sa cavalière. Mais avant de le rejoindre, celle-ci du encore nager, bien que cette fois-ci, elle était aidée par un tigre bien plus rapide qu'elle, qui l'entraîna jusqu'à la berge. Auprès du cheval qui enroula ses rennes autour du tronc d'arbre à cause de la surprise – mêlée de crainte – engendrée par la vision du prédateur aux dents acérées. Mais très vite, avant même de se couvrir de la cape en laine bien chaude qui gisait sur une racine saillante du feuillu, Aerin calma l'équidé. Puis, recouverte de son manteau par-dessus ses vêtements à nouveau humides, à nouveau en selle, elle reprit le chemin de Lüh en compagnie de son Invocation. La sienne ! La preuve vivante qu'elle avait fait preuve de courage, au moins une fois dans sa vie..


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Tous les fantômes traînent un boulet.. ♫

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